Moi, je me sentais couler

Détails:
Moi, je me sentais couler, 2026
20×15cm
Céramique en faïence émaillée

Sélection dans le Off des Rencontres de la photographie d’Arles.

En replongeant dans des photographies vernaculaires chinées, je remarque que les femmes y apparaissent presque toujours accompagnées d’un homme. Une main posée sur une épaule, une taille tenue, un bras qui encadre. Les hommes les tiennent autant qu’ils posent avec elles.

Cette récurrence me renvoie à ma lecture de La Femme gelée, dans lequel Annie Ernaux décrit le glissement progressif d’une existence libre vers une vie domestique assignée. Elle écrit : « Moi je me sentais couler. » Cette phrase agit ici comme un point de départ.

Pour le off des Rencontres de la photographie d'Arles, je poursuis mon travail de peintures-sculptures à travers une série de trois pièces en céramique. Chaque œuvre isole un fragment d’image : un buste, une épaule, une main masculine qui enserre. Le recadrage retire aux femmes toute possibilité d’identification. Elles deviennent des figures anonymes, presque interchangeables.

La céramique me permet de rendre cette emprise matérielle. L’image n’est plus simplement représentée : elle est prise dans un seul bloc, sans séparation entre la scène peinte et son contour. Le cadre et l’image fusionnent dans une même masse de terre. Ce principe de peinture-sculpture vient figer le geste, comme si cette main qui tient ne pouvait plus se retirer. La cuisson inscrit définitivement cette tension dans la matière.


Atelier de Chauffe
11 place Voltaire, 13200
30 juillet - 30 septembre 2026